


L’achat sur Internet d’un médicament, normalement obtenu sur prescription médicale, favorise le risque de mauvais usage.
Ce médicament n’est pas forcément adapté, il peut être contre-indiqué ou provoquer des interactions médicamenteuses dangereuses pour la santé.
Le risque d’un usage inapproprié est d’autant plus élevé que les informations fournies sur les sites Internet sont le plus souvent incomplètes et mentionnent rarement l’ensemble des indications, contre-indications et précautions d’emploi. Les indications figurant sur les sites Internet ne peuvent se substituer ni à la prescription et à l’avis du médecin lors de la consultation médicale, ni aux informations orales du pharmacien lors de la délivrance de ce type de médicament.
Les médicaments achetés sur Internet même lorsqu’ils sont proposés sous un nom connu déjà commercialisé (spécialités pharmaceutiques ou génériques), ne sont pas toujours ceux qui ont fait l’objet d’une autorisation de mise sur le marché.
Les circuits de distribution utilisés pour la vente de médicaments sur Internet ne font pas partie, en règle générale, de la chaîne pharmaceutique régulièrement contrôlée par les autorités sanitaires.
Dans ces conditions, ni la qualité, ni les conditions de conservation des médicaments achetés sur Internet ne peuvent être garanties
Le patient s’expose à recevoir des médicaments contrefaits ou de qualité inférieure pouvant être périmés ou altérés par des conditions de stockage ou de transports inadaptés. De même, les matières premières utilisées dans ces produits peuvent aussi être contrefaites ou de qualité médiocre.
Internet permet d’accéder à des cyberpharmacies
, sites proposant un très large éventail de médicaments pouvant recouvrir l’ensemble des classes thérapeutiques mais dont l’origine est inconnue.
A ce jour, la vente de médicaments sur Internet n’est pas possible en France au regard du cadre légal encadrant la vente et la dispensation de médicaments. Très peu de pays ont légalisé la vente en ligne de médicaments. La plupart des cyberpharmacies présentent sur le Web sont illégales et échappent à tout contrôle des autorités sanitaires.
Selon la jurisprudence européenne, une interdiction nationale absolue de vente par correspondance de médicaments constitue une entrave à la libre circulation des marchandises. Cette entrave peut néanmoins être justifiée pour des raisons de santé publique en ce qui concerne les médicaments soumis à prescription médicale (arrêt Doc Morris de la CJCE du 11 décembre 2003). Une adaptation de la réglementation française en vue d’autoriser des cyberpharmacies adossées à des pharmacies d’officine est actuellement à l’étude. Un texte de recommandations intitulé « Recommandations, commerce en ligne et produits de santé » a été publié par le Forum des Droits sur Internet
le 30 juin 2008.
Un rapport de l’Académie nationale de Pharmacie a donné également lieu à recommandation sur le commerce en ligne des produits de santé (Recommandations et rapport adoptés le 7 novembre 2007 et publiés dans Bull. Ordre pharm., n°397, décembre 2007).
Les contrefacteurs utilisent Internet pour accéder à des millions de consommateurs et écouler leur marchandise. Les médicaments contrefaits peuvent présenter un sous dosage en principe actif ou un surdosage, voire une absence de principe actif. Ces éléments peuvent générer de l’inefficacité ou des effets secondaires très préjudiciables pour la santé.
En outre, la présence d’ingrédients toxiques dans la composition du produit n’est pas exclue car l’analyse révèle souvent des impuretés chimiques dans le profil chromatographique de ces produits.
Des produits présentés comme des compléments alimentaires répondent en réalité à la définition du médicament de par leur composition. Ils contiennent, en effet, une ou plusieurs substances pharmacologiquement actives parfois non mentionnées sur l’étiquetage.
Les cas les plus courants de produits de santé falsifiés rencontrés sur Internet sont les produits à visée amaigrissante et les produits du dysfonctionnement érectile.
Les produits amaigrissants peuvent contenir à l’insu du consommateur un anorexigène d’action centrale tel la sibutramine mais aussi des diurétiques, des laxatifs, des antidépresseurs… La présence de sibutramine
génère des risques très conséquents pouvant aller jusqu’au décès du patient (cf affaire Best Life).
D'autres produits amaigrissants contiennent des substances interdites telles la plante Ephédra ou son alcaloïde l'éphédrine (cf décision de police sanitaire du 8 octobre 2003).
Ils peuvent contenir également une substance apparentée à l'éphédrine et issue du Citrus Aurantium, la synéphrine, ayant fait l'objet d'un bulletin des vigilances (Bulletin des Vigilances N°28 de juillet / août 2005 (19/03/2008)
(145 ko)) .
La consommation de ces produits peut générer des effets indésirables cardiovasculaires.
Les produits du dysfonctionnement érectiles comme les Herbals Viagra, produits revendiqués entièrement naturels à base de plantes peuvent contenir en réalité de puissants vasodilatateurs : le Sildénafil, le Tadalafil ou le Vardénafil. Or, ces substances entrent respectivement dans la composition des spécialités pharmaceutiques Viagra®, Cialis® et Lévitra®, contre-indiquées dans certaines pathologies cardiaques (angor, insuffisance cardiaque…) et soumis à prescription médicale (liste I des substances vénéneuses).
On peut également se procurer sur Internet, des produits qui n’ont pas été soumis à l’évaluation des autorités sanitaires, tels que ceux contenant de la DHEA ou de la prégnénolone. Il n’est pas démontré que le bénéfice qu’ils apportent soit supérieur aux risques qu’ils génèrent. C’est pourquoi, en l’absence d’un suivi médical adapté, leur utilisation est fortement déconseillée.
Ces produits revendiquent une efficacité, sans aucun effet indésirable, dans le traitement de maladies graves comme le cancer ou le sida, alors qu’ils ne présentent aucun intérêt thérapeutique. Les descriptifs utilisant un registre superlatif, voire irréaliste, doivent inspirer la méfiance et ne pas détourner les patients des traitements approuvés dont ils ont besoin.
